Par l’Equipe éditoriale
Renvoyés de Suisse vers leur pays d’origine, certains Burundais seraient aujourd’hui contraints de vivre cachés, tandis que d’autres auraient repris le chemin de l’exil par peur pour leur sécurité.
Des témoignages recueillis par Panorama Media auprès de sources proches des personnes concernées font état de menaces, d’intimidations et de craintes de représailles attribuées à des agents du renseignement burundais et à des personnes présentées comme proches du pouvoir. Ces révélations relancent les inquiétudes de la diaspora sur les conséquences des expulsions vers le Burundi.
De retour au Burundi, la peur aurait remplacé l’espoir
Pour certains ressortissants burundais expulsés de Suisse, retrouver leur pays ne signifierait pas retrouver une vie normale. Selon des informations recueillies par Panorama Media, plusieurs personnes sont confrontées à une situation d’insécurité qui les pousserait à limiter leurs déplacements et à éviter de se faire remarquer.
D’après des sources proches des personnes concernées, certains anciens demandeurs d’asile vivraient désormais dans la clandestinité, redoutant d’être identifiés par les services de renseignement burundais, connus sous le nom de « Documentation ».
Leur inquiétude serait notamment liée à leur séjour en Suisse et au fait d’y avoir sollicité une protection internationale. Ils craindraient que cette démarche soit interprétée par certains acteurs au Burundi comme un acte d’opposition ou comme une volonté de dénoncer la situation politique et les violations des droits humains dans le pays.
Ces informations recueillies par Panorama Media décrivent le quotidien de personnes qui, après avoir été contraintes de quitter la Suisse, ne se sentiraient toujours pas en sécurité dans leur pays d’origine.
La demande d’asile à l’étranger serait devenue une source d’inquiétude
Au cœur des préoccupations rapportées figure la crainte d’être soupçonné en raison de son parcours migratoire.
Selon les témoignages recueillis par Panorama Media, certains ressortissants redouteraient que leur demande d’asile en Suisse soit considérée comme une démarche hostile aux autorités burundaises. Ils craindraient d’être assimilés à des opposants ou d’être accusés de porter atteinte à l’image du pays auprès de la communauté internationale.
Cette peur serait renforcée par des intimidations que certaines personnes attribuent à des individus associés aux Imbonerakure, mouvement de jeunesse affilié au parti au pouvoir, le CNDD-FDD. D’autres témoignages évoquent des interrogatoires menés, selon les personnes concernées, par des individus présentés comme des agents du Service national de renseignement (SNR).
L’un des ressortissants aurait notamment rapporté cette phrase : « Nous connaissons tous où vous habitez. Le jour où nous aurons besoin de vous, nous allons venir vous prendre. »
Pour la personne qui affirme avoir entendu ces paroles, elles auraient été perçues comme un avertissement inquiétant, laissant planer la possibilité d’une intervention ultérieure.
Quitter la Suisse, puis devoir fuir à nouveau
Le plus préoccupant dans les informations recueillies est que certains ressortissants renvoyés auraient été amenés à quitter une nouvelle fois le Burundi.
Selon les sources consultées par Panorama Media, des personnes craignant pour leur sécurité auraient rejoint des pays voisins afin d’échapper à d’éventuelles arrestations, à des enlèvements ou à des violences.
Ces situations montrent que, pour certains individus, l’expulsion n’aurait pas permis de retrouver une existence stable dans leur pays. Elle aurait été suivie d’un nouvel épisode de déplacement forcé, avec les incertitudes que cela implique en matière de logement, de ressources, de protection et de regroupement familial.
Ces personnes se retrouveraient alors prises dans un parcours particulièrement difficile : quitter le Burundi, tenter d’obtenir une protection en Europe, être renvoyées, puis chercher une nouvelle fois refuge hors de leurs frontières.
Les alertes lancées en Suisse prennent une nouvelle dimension
Les préoccupations de la diaspora burundaise ne datent pas d’aujourd’hui. Le 18 septembre dernier, des ressortissants burundais et des défenseurs des droits humains s’étaient mobilisés à la place des Nations, à Genève, pour dénoncer les risques qu’ils associent aux expulsions vers le Burundi.
Lors de cette manifestation, Irène Blanc, de l’association Rester Neuchâtel, avait évoqué 17 ressortissants burundais renvoyés de force depuis décembre 2024. Ce chiffre, avancé lors de son intervention, n’a pas été confirmé ici par une source indépendante.
Maître Janvier Bigirimana, représentant du FOCODE lors de cette mobilisation, avait également exprimé son opposition aux renvois, déclarant que retourner des demandeurs d’asile au Burundi revenait à « les envoyer à l’abattoir ».
Ces propos traduisaient la gravité des préoccupations exprimées par les manifestants au sujet de la sécurité des personnes concernées.
Les informations aujourd’hui recueillies par Panorama Media remettent au centre du débat une question essentielle : que se passe-t-il après l’expulsion ? Les décisions de renvoi ne peuvent être appréciées uniquement au regard du départ de Suisse ; les risques auxquels les personnes pourraient être confrontées à leur arrivée doivent également être examinés.
Des garanties de protection au cœur du débat
Les Burundais encore présents en Suisse qui craignent d’être renvoyés demandent aux autorités helvétiques de réévaluer leur situation à la lumière des risques qu’ils déclarent encourir.
Ils souhaitent que leur parcours personnel, les éventuelles menaces reçues et les informations disponibles sur la situation au Burundi soient pris en compte avant toute décision.
Le droit international prévoit des garanties contre le renvoi vers un lieu où une personne risquerait des persécutions ou des traitements prohibés, selon les conditions prévues par les textes applicables. L’évaluation doit notamment tenir compte des circonstances individuelles et des éléments pertinents permettant d’apprécier le risque.
La question que les expulsions laissent sans réponse
Les informations recueillies par Panorama Media dessinent une réalité préoccupante pour certains Burundais renvoyés de Suisse: le retour pourrait être suivi d’une période de dissimulation, de peur et, dans certains cas, d’un nouveau départ vers l’étranger.
Pour les ressortissants qui affirment vivre sous la menace, l’urgence est de pouvoir circuler, travailler et vivre sans craindre d’être arrêtés ou enlevés. Pour ceux qui auraient fui une nouvelle fois le Burundi, la priorité serait de trouver un lieu où leur sécurité puisse être assurée.
Une expulsion peut mettre fin à un séjour en Suisse, mais elle ne met pas automatiquement fin aux risques invoqués par une personne. Lorsque des témoignages font état de clandestinité, de menaces et d’un nouvel exil, la sécurité après le retour doit rester au centre des préoccupations.