Tribune d’opinion et analyse — par NSENGIYUMVA Patrice
Cet article s’inscrit dans notre série d’analyses sur les conflits actuels, visant à plaider pour un monde paisible et digne pour les hommes et femmes touchés par ces crises. Aujourd’hui, nous nous penchons sur la fermeture des frontières entre le Rwanda et le Burundi, un sujet qui continue de susciter inquiétude, car ces frontières ont été fermées à plusieurs reprises, avec des conséquences de plus en plus préoccupantes :
- La première grande fermeture a eu lieu en 2015, sous le régime du feu Président Pierre NKURUNZIZA, lors de la crise politique burundaise, avec des accusations mutuelles de soutien à des groupes rebelles.
- En octobre 2022, le Burundi a annoncé la réouverture de ses frontières avec le Rwanda après près de six à sept ans de fermeture.
- Puis, le 11 janvier 2024, le Burundi a de nouveau fermé ses frontières, en réponse aux accusations selon lesquelles Kigali soutiendrait des rebelles burundais (groupe RED-TABARA).
Les tensions politiques et sécuritaires historiques ont éclaté en crise. Chaque pays accuse l’autre de soutenir des groupes armés et d’ingérer dans ses affaires internes. Les récents incidents transfrontaliers ont suffi à interrompre le commerce et à isoler les communautés frontalières.
Pourquoi le bon voisinage est essentiel
Le bon voisinage repose sur trois piliers : respect de la souveraineté, non-ingérence et dialogue. Il n’est pas seulement un concept diplomatique : il est pratique. Les populations frontalières dépendent de la stabilité pour vivre et prospérer. Commerçants, agriculteurs, touristes, étudiants, familles : tous subissent les conséquences des frontières fermées. Les chaînes d’approvisionnement régionales sont perturbées et la cohésion sociale s’affaiblit.
Conséquences économiques et sociales
Des milliers de commerçants transfrontaliers perdent leurs revenus. Les familles sont séparées. L’accès aux marchés, au tourisme, aux événements sportifs et culturels, ainsi qu’aux services essentiels, est bloqué. Les communautés qui partagent langues et cultures ressentent le poids de la méfiance. Cette crise ne concerne pas seulement les gouvernements : elle affecte le quotidien de milliers de personnes, souvent incapables de comprendre les raisons réelles d’une fermeture qui perdure depuis 2015.
Parmi les plus touchés, on compte les réfugiés burundais, coincés dans le camp de Mahama ou dispersés dans les villes rwandaises, tandis que leurs biens laissés dans leur pays se détériorent jour après jour.
Trois axes pour restaurer la confiance
- Dialogue et diplomatie
Même en cas de désaccord, les canaux de communication doivent rester ouverts. Clarifier les préoccupations et partager les informations permet d’éviter l’escalade. L’histoire des Grands Lacs montre que le coût d’un dialogue rompu dépasse souvent le conflit lui-même.
- Coopération sécuritaire
Rwanda et Burundi font face aux mêmes menaces : trafics, groupes armés et réseaux criminels. Les patrouilles conjointes et le partage d’informations peuvent prévenir les incidents et empêcher les tensions politiques de devenir une crise sécuritaire.
- Protection des liens sociaux et économiques
La liberté de circulation, l’accès aux marchés et la préservation des moyens de subsistance transfrontaliers doivent guider toute solution. La réouverture progressive des frontières constitue un geste diplomatique, mais aussi une reconnaissance des liens historiques et humains entre les peuples.
Le rôle des dirigeants
Les dirigeants doivent démontrer leur volonté politique de résoudre les différends. Visites bilatérales, engagements publics et initiatives de confiance sont essentiels. Un leadership fort peut restaurer la coopération et rassurer les populations.
Le rôle des organisations régionales
La CEPGL (Communauté Économique des Pays des Grands Lacs) reste active et peut jouer un rôle décisif, malgré les défis. La Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et l’Union Africaine (UA) ont également un rôle crucial : médiation, suivi des accords et assistance aux populations affectées. Leur implication peut garantir que les solutions bénéficient aux citoyens et pas seulement aux gouvernements.
Cependant, pourquoi ces organisations régionales, la société civile et les médias n’exercent-ils pas davantage d’influence pour résoudre ce conflit ? La crise, qui se prolonge alors que le Rwanda accueille des réfugiés burundais et que le FDLR et RED-TABARA continuent d’opérer, persiste parfois au profit d’intérêts politiques locaux.
Conclusion : la paix repose sur le bon voisinage et l’histoire peut nous inspirer
Cet article s’inspire de notre réseau mondial pour la paix « NON AUX GUERRES, OUI À LA PAIX ! », mais aussi des accords historiques dits “Utwicarabami twa Nyaruteja”.
Le terme “Utwicarabami twa Nyaruteja” signifie littéralement « le lieu où les rois se sont assis à Nyaruteja ». Situé aujourd’hui dans la Province Sud du Rwanda, district de Gisagara, secteur Nyanza, ce lieu symbolique fut choisi pour une rencontre solennelle entre le roi MUTARA I SEMUGESHI (Rwanda) et le roi MUTAGA II NYAMUBI (Burundi). L’accord était un pacte de non-agression : aucun royaume n’aiderait un tiers attaquant l’autre.
La crise Rwanda–Burundi rappelle une leçon clé : la paix régionale est un processus continu. Dialogue, coopération et confiance sont indispensables. Le bon voisinage n’est pas seulement un principe diplomatique : il est la clé pour protéger les populations, sécuriser le commerce et assurer un développement durable. La réouverture des frontières et le renforcement de la coopération transfrontalière doivent devenir une priorité, soutenue par les dirigeants et les institutions régionales.
Encore une fois, répétons-le : « NON AUX GUERRES, OUI À LA PAIX ! »












































































































































































